Les photos ont des supers pouvoirs. Elles nous permettent de voir des veuves aux côtés de leur mari et des ennemis jurés assis l’un à côté de l’autre, tout sourire. Elles sont une porte ouverte sur notre passé, un témoin de l’avant. Aujourd’hui nos smartphones sont tous remplis de dizaine et de dizaine de clichés. Tout est pris en photo, tout le temps. Est-ce que ça veut dire que nous vivons de plus en plus de moment digne d’être immortalisé ? Ou alors que nous ne savons plus faire la différence entre ce qui est important et ce qui est juste… Oubliable ? J’en sais rien. Ce qui semble sûr par contre c’est qu’aujourd’hui les photos sont plus des miroirs que des témoins: on ne prend pas un selfie pour se souvenir comment nous étions à tel âge mais pour obtenir le plus de likes possible sur les réseaux sociaux. Les anciens clichés de vos parents ne sont pas instagrammable et ils n’ont pas besoin de photoshop pour remplir leur rôle. Ils servent simplement à vous rappeler que vous avez vécu telle chose, à vous remémorer des souvenirs que vous aviez oublié. Je ne sais pas si cette évolution est une bonne ou une mauvaise chose mais de toute façon ce n’était pas de ça dont je voulais parler à la base.
Ce dont je voulais parler c’était le temps. Vous avez remarqué que l’on a jamais assez de temps ? Soit il nous en manque et nous sommes en retard soit nous en avons trop et nous ennuyons. Parfois on dit qu’on a suffisamment de temps mais c’est souvent avant de se mettre à bosser un travail urgent que nous n’avons pas encore commencé et qu’on doit bientôt rendre ou lorsqu’on calcule le (peu) d’heure de sommeil que nous allons avoir, bref pour se convaincre qu’on en a assez en gros. Mais qu’est-ce que le temps en fait ? Un dieu dont les prêtres sont les horloges. Une divinité qui compte, qui observe de son œil froid et mécanique les fragiles humains qui courent à ses pieds pour satisfaire sa volonté. Le temps n’existait pas à la base, c’est une simple invention de l’homme qui a toujours besoin de tout quantifier, mesurer et classer. Mais aujourd’hui nous sommes tous prisonniers de cette invention, prisonniers de ces alarmes, de ces réveils et de ces horaires à respecter. Pourtant le temps (je suis trop drôle) n’existe pas. Ce n’est qu’un outil pour dire que certaines personnes sont théoriquement plus proche de la mort que d’autre.
Il n’y aura plus jamais de vingt-neuf août 2021. On vit des journées grises, des journées inintéressante qui se perdent dans une sorte de magma visqueux de vie banale en se disant que ce n’est pas grave parce que demain sera incroyable. Mais, dans l’ombre, cette satanée horloge tiens les comptes de votre temps et elle se fiche bien de savoir si votre journée était incroyable ou non, elle se contente de faire une nouvelle croix sur le calendrier. Est-ce pour cela que tout le monde répète tout le temps qu’il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier et blablabla ? Surement. C’est surement pour ça mais aussi parce que nous ne savons pas combien de cases cette satanée horloge pourra-t-elle encore cocher sur notre calendrier. J’ai compris il n’y a pas si longtemps ce que ça voulait dire « vivre chaque jour comme si c’était le dernier ». Au départ je voyais ça comme la phrase que sortent les gens avant de faire un acte inconsidéré, pour se justifier de leur connerie en quelques sortes. Mais en réalité ce n’est pas ça. Vivre chaque jour comme si c’était le dernier ça veut dire faire dans votre journée tout ce que vous voudrez faire pour n’avoir aucuns regrets si jamais vous creviez demain. C’est un peu comme le carpe diem en fait, une belle image que tout le monde a utilisé jusqu’à ce que ça en devienne absurde et que le sens original se perde… Le mantra « vivre chaque jour comme si c’était le dernier » a suivit la même évolution que la photographie en fait.